Jean-Philippe Royer

Étudiant au doctorat en philosophie, Université de Montréal/Université catholique de Louvain (Belgique)
Directeurs : Michel Seymour (Université de Montréal) et Hervé Pourtois (Université catholique de Louvain).
royeraphilo2@hotmail.com

Spécialités

Philosophie; multiculturalisme; cosmopolitanisme; nationalisme; libéralisme; tolérance.

Titre de la recherche

Libéralisme politique et diversité nationale: vers une justification des politiques de pluralisme culturel.

Résumé

La thèse de doctorat proposée se situe sur le terrain du multiculturalisme et de la diversité culturelle. Je me propose d’étudier les différents arguments qui s’opposent ou qui sont en faveur de la valeur de la diversité culturelle tout en portant une attention particulière aux positions philosophiques qui exploitent le phénomène de la mondialisation économique pour justifier ou rejeter les politiques de multiculturalisme. Je pars de l’hypothèse empirique selon laquelle la diversité culturelle est menacée par la mondialisation économique au moins en ce sens qu’elle entraîne dans son sillage une certaine uniformisation des cultures, dans la mesure où les sociétés sont de moins en moins distinctes les unes des autres. Il ne s’agit pas de prétendre qu’une nouvelle culture globale « postnationale » serait en train d’émerger et de remplacer les allégeances aux divers États-nations et États multinationaux (Habermas), mais bien plutôt que certains États-nations imposent de manière larvée une forme d’impérialisme culturel et économique à l’échelle mondiale (Couture, Greenfeld). En ce sens, la mondialisation est davantage une conséquence de l’expansion et de la prédominance de l’État-nation dans la sphère internationale qu’un symptôme de sa disparition.

La question de la diversité culturelle est au centre d’un débat qui a pour fond deux tendances historiques opposées : la multiplication de l’affirmation identitaire des nations et l’émergence d’une structure de base globale prédominante. D’une part, le nombre d’États souverains n’a cessé d’augmenter au 20e siècle et l’on assiste depuis à une prolifération des affirmations identitaires de nations minoritaires, de minorités nationales et de groupes issus de l’immigration menant inévitablement à une adoption plus répandue de politiques de pluralisme culturel à l’intérieur de ces mêmes États et, par conséquent, à la reconnaissance formelle d’états multinationaux. D’autre part, parallèlement au processus de mondialisation des échanges ainsi qu’au développement accéléré des technologies de l’information et de la communication, on peut observer une tendance à l’homogénéisation de la diversité culturelle. La multiplication des accords conclus dans le sillon du libéralisme économique visant l’implémentation des règles du libre-échange à l’ensemble des sphères de la société et l’accélération du rythme de disparition des langues parlées à travers le monde peuvent être interprétées comme les symptômes d’une uniformisation culturelle. Au cœur de cette mouvance historique contradictoire apparaît une compétition entre deux cadres normatifs susceptibles de rendre compte du phénomène complexe qu’est la diversité culturelle : le multiculturalisme et le cosmopolitisme.

Dans cette thèse, nous tracerons tout d’abord les contours de la littérature philosophique existante sur le multiculturalisme. Certains auteurs justifient les politiques de multiculturalisme à partir d’une approche non individualiste (Parekh, Rawls, Taylor). D’autres sont sympathiques au nationalisme libéral, et ils admettent des politiques de multiculturalisme à l’échelle des États-nations pour des raisons individualistes (Kymlicka, Moore, Casals). Certains auteurs cosmopolites sont en principe favorables à l’existence de droits pour les groupes, mais ils souhaitent eux aussi rendre cette position compatible avec un point de vue individualiste (Tan, Buchanan, Pogge). Une quatrième catégorie rassemble des auteurs qui ne tranchent pas entre le nationalisme libéral ou le cosmopolitisme, mais qui ont formulé des critiques à l’égard du multiculturalisme, et ce, toujours sur une base individualiste (Kukhatas, Johnson). Finalement, la dernière et principale catégorie comprend les opposants au multiculturalisme qui appartiennent au courant cosmopolite et individualiste (Appiah, Barry, Benhabib, Nussbaum, Sen).

Je voudrais mettre à l’épreuve une sixième position d’inspiration rawlsienne (bien qu’elle ne puisse être réduite à l’approche de ce dernier) et examiner les vertus du libéralisme politique pour rendre compte et justifier les politiques de pluralisme culturel. Tout d’abord, le libéralisme politique nous permet d’affirmer que les peuples sont des sources de réclamations morales valides dans la mesure où l’on doit dans ce cadre prendre acte de tout agent institutionnellement défini qui est un intervenant actif dans la sphère publique. Les peuples comme les individus sont de tels agents moraux. Cela explique pourquoi John Rawls a choisi d’introduire une seconde position originelle réservée aux peuples (Rawls, 1999). Le libéralisme politique permet de reconnaître des droits aux peuples et d’en faire des sources autonomes de réclamations morales valides puisqu’il n’est plus fondé sur l’autonomie individuelle, mais bien sûr la tolérance (Rawls, 1993). Il n’est plus nécessaire de tout justifier à partir de l’individu. Le libéralisme politique fait non seulement appel à l’autonomie de la personne, mais aussi à l’autonomie des peuples conçue à partir de leur identité institutionnelle. En outre, les concepts de personne citoyenne et de peuple sont le résultat d’une attitude de tolérance à l’égard de différentes conceptions compréhensives de la personne et du peuple, ce qui démontre le caractère fondamental de la tolérance libérale, même lorsque l’on vante la valeur de l’autonomie. Le libéralisme politique reste neutre à l’égard de l’individualisme moral et de l’approche communautarienne, et il doit adopter une attitude de tolérance similaire envers les peuples. La conception institutionnelle reste neutre du point de vue de l’ontologie entre des explications individualistes et des explications collectivistes de l’origine des institutions. Les peuples peuvent être compris ontologiquement autant comme des associations d’individus (modèle agrégatif ou interactionniste) ou comme des collectivités organiques (modèle organiciste). La tolérance libérale à l’égard du pluralisme raisonnable des conceptions métaphysiques de la personne et des peuples se traduit par l’adoption d’une conception strictement politique de la personne comme citoyen et de l’identité institutionnelle des peuples compris comme cultures sociétales (des structures de culture inscrites dans des carrefours d’influences et offrant des contextes de choix). On peut donc admettre que les peuples comme les individus sont dignes de respect et qu’ils ont une dignité égale.

Il s’agirait de montrer ensuite que si les peuples sont des sources de réclamations morales valides en tant qu’intervenants politiques dans les espaces publics, ils sont également des sources importantes de diversité culturelle interne et externe. Les peuples et leurs institutions doivent être protégés au nom de la préservation de la diversité culturelle. Cette enquête culminerait enfin dans un examen minutieux des arguments qui sont contre ou qui sont pour la valeur de la diversité culturelle. Parmi ceux-ci, le libéralisme politique permet de justifier la valeur de la diversité culturelle, de manière non individualiste, en la considérant comme un bien collectif de l’humanité. Les peuples sont des agents moraux et des sources de réclamations morales valides, et, par le fait même, ils sont dignes de respect et ont une dignité égale. Dès lors que l’on observe dans l’espace politique des rapports de domination ou des différences dans les rapports de forces politiques, culturels et économiques entre les peuples. Si on les respecte vraiment et que l’on reconnaît leur dignité égale, on doit réagir face à ces déséquilibres. Ce faisant, on affirme la diversité culturelle comme un bien collectif de l’humanité.

Formation académique

En cours

Doctorat en philosophie (cotutelle) (Université de Montréal/Université Catholique de Louvain (Belgique))

2008

Maitrîse en Philosophie (Université de Montréal); Titre du mémoire : Le libéralisme politique de John Rawls et la reconnaissance des peuples.

2005

B.A. spécialisé en Philosophie, Université de Montréal

Communications

Participation au Colloque international Multiculturalism, Conflict & Belonging du mercredi 3 septembre 2008 au samedi 6 septembre 2008 Mansfield College, Oxford, Royaume-Uni. Possibilité de publication à l’intérieur du recueil du colloque.

Titre de la communication : Political Liberalism and the recognition of peoples.

Abstract: In this presentation, I shall attempt to legitimize a specific application of politics of recognition targeted at national societal cultures (or peoples), as subject of collective rights, in the context of multination states. Many liberal philosophers have followed in the footsteps of Will Kymlicka’s philosophical investigations and they argue that ethical individualism can be reconciled with politics of recognition under a renewed brand of liberalism called “liberal multiculturalism”. I don’t believe this is a successful approach. I shall argue against the thesis that ethical individualism provides the proper framework for a liberal theory of collective rights. I believe that Kymlicka’s theory of group-differentiated rights is clearly below the expectations that we should entertained towards politics of recognition. The defects of his theory will partly be explained by his endorsement of ethical individualism. His theory is still an instance of a classical theory in which the ambition to integrate prevails over recognition as such. It is also a theory aimed at promoting autonomy over a substantial recognition of cultural groups, and it treats individual liberties as having an absolute priority over collective rights. I shall contend that this is not the right way to deal with the politics of recognition for cultural groups. I shall argue in favour of a particular version of political liberalism inspired by John Rawls that grounds liberalism on the value of toleration and not on the value of autonomy. The foundational value of toleration-as-respect is conceived as a form of reciprocal recognition that can be applied to national societal cultures (or peoples) as well as to individuals. Integration should then be seen as the result of a reciprocal recognition between cultural groups and their encompassing multination states. It should not primarily be aimed at the promotion of individual autonomy, participative equity and integration.

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